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     Pierre Lejeune est un membre actif de notre association depuis de nombreuses années. Historien à ses heures, il a collaboré à de nombreux articles historique sur Cols Bleus et Marine. Il nous a aimablement autorisé à les reproduire. Qu'il en soit remercié.

Des ravitailleurs ex-allemands sous pavillon français

A ja libération en 1944, le chantier naval de Blainville près de Caen avait en construction une série de 10 navires citernes commandés par la Marine allemande, prévus à l'origine pour assurer le ravitaillement des troupes de l'Africakorps. Comme dans tous les chantiers français sous l'occupation, les travaux avaient traîné, et quoique la construction de certains fut bien avancée, aucun n'était encore terminé. Il fut décidé d'en achever 8 dont 6 seraient attribués à la Marine marchande et 2 à la Marine nationale.

Les quatre premiers de ces navires citernes étaient pratiquement iden­tiques. Pour une longueur de 59,6 m, une largeur de 9,45 m et un creux de 4,3 m, ils présentaient une jauge brute de 621 tonneaux (648 pour l'un d'entre eux) et un port en lourd de 832 tonnes. A cette charge, leur tirant d'eau s'éta­blissait à 3,96 m. Propulsés par deux moteurs diesel Sulzer TS29, 2 temps, 7 cylindres à injection directe de 700 ch chacun, ils atteignirent 12,4 nœuds aux essais pour une vitesse de 11,5 nœuds en service normal.

Tselfat

    Celui dont la construction était la plus avancée portait le nom allemand de Gradval. Dès 1944 il fut donné en gérance technique par le gouverne­ment français à la Société Navale Caennaise qui le baptisa Tselfat. En 1949 cet armement l'acheta et le conserva jusqu'en 1951. C'est la Société Tunisienne d'Armement qui en fit l'acquisition et le rebaptisa Sainte Geneviève. En 1953 il fut à nouveau revendu à un armement allemand qui lui attribue le patronyme de Pan. En 1959 il réintégra le pavillon français sous les couleurs de la Société Desmarais Frères qui lui change à nouveau son nom pour celui de Lucien Desmarais et l'affecte au bornage et au cabotage le long des côtes de Madagascar.

    En 1960, tout en restant propriété du même armement et en conservant le même nom, il passa sous pavillon malgache après avoir été allongé de 10 m, sa jauge brute passant ainsi à 806 tonneaux et son port en lourd à 900 tonnes. En 1965 il devint la propriété de la société Total Océan Indien dont le siège était encore à Paris. Toujours sous pavillon malgache, son champ d'action s'accrut puisqu'il pratiqua alors le cabotage dans l'océan Indien. C'est en 1968 qu'il quitta ses dernières attaches avec la Marine marchande française puisqu'il fut acquis par un armement malgache qui le baptisa Betsiboka.

Gabian

    Le second, terminé en 1946, fut donné en gérance technique par le ministère de la Marine marchande à l'Association Pétrolière qui devint plus tard la Société Maritime des Pétroles BP. Baptisé Gabian, sa mise en ser­vice officielle" acte de francisation»date du 21 juin 1946.

    L'Association Pétrolière le conserva jusqu'en 1952. Restitué au ministère de la Marine marchande, il resta désarmé jusqu'à son acquisition en 1953 par l'armement Hervé Nader qui le rebap­tisa Saint Joseph et le fit allonger de 8 rYl au chantier naval de La Pallice. Sa jauge brute passa de ce fait à 728 ton­neaux pour un port de 906 tonnes.

    En 1966 il passa sous pavillon grec tout en conservant son nom qu'il abandonna en 1967 pour devenir Aghios los if toujours sous le même pavillon grec. 1970 voit la fin de sa carrière, en conservant le même patronyme il passa sous pavillon cypriote et le 7 octobre, il arriva au chantier de démolition de La Spezzia en Italie.

Autun

    Le troisième dont la construction s'acheva elle aussi en 1946 fut donné en gérance technique à la Société Anonyme des Pétroles Jupiter qui devint plus tard la Société Maritime Shell. Sa mise en service et son acte de francisation portent la date du 13 septembre 1946. Jusqu'en juin 1949, il transporta des produits de graissage et des produits noirs au cabotage national. Restitué au ministère de la Marine marchande, il fut rétrocédé à la Marine nationale qui ne le réarma pas et fut mis en vente par les domaines en juin 1950.

      Saint Marcet

    La construction du quatrième fut elle aussi terminée en 1946 puisque son acte de francisation porte la date du 19 décembre 1946. Donné en gé­rance technique à la société Citerna Maritime, il prit le nom de Saint Marcet.

    Sa carrière débuta par du cabotage pétrolier, mais en 1949 il devint la propriété complète de la Citerna qui l'acheta au ministère de la Marine marchande. Il subit en 1950 une légère modification qui le transforma en transport de vin « Pinardier ». En 1955 il fut acquis par les « Transports Maritimes Vinicoles » qui lui gardèrent son patronyme et qui en 1956 le firent allonger de 12 m aux Ateliers et Chantiers de l'Ouest à Saint-Nazaire: son port en lourd devint alors de 1200 tonnes et sa jauge brute de 1118 ton­neaux. C'est en 1961 qu'il passa sous les couleurs de l'armement Hervé Nader en conservant le même nom Saint Marcet. Il rejoignit ainsi son frère le Saint Joseph (ex-Gabian). Ils assuraient tous les deux le transport de vin entre l'Algérie et la Métropole.

    En 1963 leur champ d'action s'ac­crut puisqu'ils desservirent des ports de Tunisie, du Maroc, d'Espagne, d'Égypte et de Yougoslavie. En 1973, l'armement Hervé Nader disparaissant, le Saint Marcet fut racheté par un autre armement vinicole: la société « Leduc & Fils ». Il resta encore deux ans sous pavillon français en conservant son nom d'origine et en 1975 il fut acquis par un armateur grec.

      Sloughi

    Cinquième de la série, baptisé Sloughi, il fut directement incorporé dans la flotte chérifienne sous les couleurs de la Société Navale Chérifienne. Il ne fut mis en service qu'en 1948. Pour une jauge brute de 649 tonneaux, il n'avait que 600 tonnes de port en lourd. Les autres carac­téristiques et le système de propulsion étaient identiques aux quatre navires précédents.

    Après avoir transporté pendant dix ans du vin sous pavillon français, il devint la propriété d'une société marocaine au moment de l'indé­pendance du Maroc en 1958.

    Les sixième et septième furent ceux attribués à la Marine nationale. Construits comme ravitailleurs à ma­zout n° 5 et 6, ils reçurent le 14 avril 1951 les noms de Sahel et Rummel avec les numéros de coque A 638 et A 635.

    Pour un déplacement de 630 tonneaux, ils avaient un port en lourd de 650 tonnes. Leur longueur était de 53,70 m, la largeur de 9 m et le creux de 4,40 m. La propulsion identique à celle installée sur les précédents permettait une vitesse de 12 nœuds. Ils étaient armés de deux canons de 20 mm antiaériens.

                Sahel A 638

    Admis au service actif le 10 décembre 1951, affecté à Bizerte, il fut presque aussitôt désarmé et mis en réserve. En 1953, réarmé et ramené à Toulon, il assura en plus du ravi­taillement en mazout des unités, des missions diverses attribuées aux bâtiments de servitude: repêchage d'engins divers, surveillance maritime, etc.

    Transformé en citerne à eau en 1965, il assura alors le ravitaillement en eau des bâtiments mouillés en rade foraine et des îles du Levant. En 1981 il effectua encore cinq ravitaillements de ces îles. Désarmé le24 juillet 1981, il fut condamné et débaptisé le 14 février 1982. En attendant sa vente par les domaines, sa coque prit le numéro Q 623.

      Rummel J\ 635

    Admis au service actif peu de temps après son frère, le 1er avril 1952, il fut affecté à Oran/Mers el-Kébir où il remplit patiemment et fidèlement son rôle de ravitailleur des différents bâtiments de la Marine nationale. Lorsque la France évacua défini­tivement la base de Mers el-Kébir, le Rummel fut ramené à Toulon où il remplaça Sahel transformé en citerne à eau.

    Jusqu'à la fin 1971, il continua son métier de ravitailleur à mazout, puis il est désarmé. Condamné et débaptisé le 27 janvier 1972, sa coque prend le numéro Q 504 en attendant qu'il serve de cible de tir pour les missiles Exocet.

      Pétronoir

     

    Le huitième et dernier de la série fut remorqué à Bordeaux par le remorqueur Samson de la compagnie les « Tuyaux Bléus ». A Bordeaux, il prit le nom de Pétronoir sous les couleurs de la Société Maritime de Transport de Pétroles (Pétromer). Il fut non seule­ment achevé mais aussi allongé par les soins des ateliers de cette société. Il ne fut mis en service que le 10 avril 1953 avec les caractéristiques suivantes: jauge brute 856 tonneaux, port en lourd 950 tonnes, longueur64,50 m, largeur 9,45 m, creux 4,30 m, tirant d'eau 4 m. La propulsion était assurée par deux moteurs diesel totalisant une puissance de 1 170 ch qui permettaient une vitesse de 11 nœuds.

         Après avoir fait du cabotage pétrolier sur les côtes de France, il fut envoyé  en Indochine pour y pratiquer le même métier. En 1957 il est acquis par la Compagnie de Transports Maritimes Pétroliers qui l'exploite sur les côtes malgaches. Toujours sous les couleurs du même armement, en 1961, il change de nom et devient le Kintana Caltex. En 1965, cette société le met sous pavillon malgache sans lui changer de nom. C'est en 1966 qu'il est acheté par un armement malgache et qu'il perd ainsi toute attache avec le pavillon national.

    De ces huit navires, c'est donc le Sahel de la Marine nationale qui arbora le plus longtemps le pavillon français: 30 ans.

Bibliographie

  • - Annuaires de la Marine marchande de 1947 à 1976.
  • - La flotte marchande française de 1947 à 1961 - Robert Gross.
  • - Les flottes de combat de 1947 à 1982 - Henri Le Masson et Jean Labayle Couhat.
  • - Hebdomadaire Cols Bleus.
  • - Hebdomadaire Le Marin.

Pierre Lejeune

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